Un chat contaminé par le SARS-CoV-2 ?

Par zeteditor
SARS-CoV-2

On apprenait vendredi 27 mars par la voix du virologue Emmanuel André lors du point presse officiel quotidien sur le coronavirus en Belgique, qu’un chat avait été testé positif en PCR au SARS-CoV-2, virus responsable de la maladie COVID19. La presse s’en est alors fait écho (1). Rapidement l’Université de Liège représentée par notre confrère le professeur Thiry, professeur de virologie, apportait d’importantes informations (2) afin de mettre en perspective ce cas exceptionnel. Les messages essentiels étaient que si les animaux domestiques peuvent potentiellement être touchés par le virus de manière exceptionnelle, il est extrêmement peu probable qu’ils puissent contaminer des humains. Cela n’empêche pas de prendre les mesures d’hygiène classiques. L’AFSCA (équivalent en Belgique de l’ANSES française) a émis des recommandations (3) en ce sens et insiste sur le caractère peu plausible de la transmission de l’animal domestique vers l’homme même si on a quelques suspicions de transmission de l’homme vers l’animal.

Des précisions importantes

Dans la presse professionnelle vétérinaire, le professeur Thiry donne quelques précisions sur le déroulé de la découverte : « La propriétaire, qui était malade, confinée et en quarantaine, s’est inquiétée auprès de son médecin que son chat présente, une semaine après son retour, des signes cliniques, avec de l’anorexie, de la diarrhée, des vomissements, de la toux et une respiration superficielle. Son médecin traitant, dans une démarche One Health, a contacté la faculté de médecine vétérinaire de Liège, qui a demandé à la propriétaire de réaliser elle-même des prélèvements dans les fèces et les vomissements, où le Sars-CoV-2 a été identifié. Ce chat n’a pas eu d’examen clinique (pour limiter les risques dans la situation de confinement). Nous n’avons actuellement aucune preuve que les symptômes de ce chat soient en lien avec le SARS-CoV-2. Le virus a été identifié par séquençage génomique à haut débit. La sérologie permettra ultérieurement de confirmer l’infection du chat. » E. Thiry répondant Au Point Vétérinaire (4).

Il faut donc bien comprendre que les prélèvements ont été réalisés par une personne non compétente, contaminée par le virus et donc potentiellement excrétrice elle-même, dans un milieu saturé en virus, sur un animal qui n’a été observé par aucun professionnel de santé animale. Sachant que la PCR est une méthode extrêmement sensible*, il nous paraît alors que la communication sur ce cas est maladroite et largement prématurée quand bien même les symptômes décrits chez ce chat seraient-ils compatibles avec un infection par un coronavirus. Puisqu’il est prévu une analyse sérologique sur cet animal, il eut été préférable d’attendre le résultat de celle-ci ; en effet on ne peut rien déduire des analyses déjà faites car on ne sait pas si les prélèvements ont été contaminés en pré-analytique. Ce chat a peut-être été contaminé mais peut-être pas. 

Et les autres cas de SARS-CoV-2 chez les animaux ?

Hong Kong semble avoir une politique de testage de certains (5) des animaux de compagnie de personnes détectées SARS-CoV-2 positives. Dans ce cadre deux chiens (seulement) ont été détectés positifs avec l’analyse PCR. L’un d’entre eux a développé une réaction sérologique (6). D’autres animaux domestiques ont été testés en Corée et aux USA (7), pour l’instant les tests sont négatifs.

L’ensemble de ces données confirme que la contamination des animaux domestiques semble très peu probable. De plus s’il y a contamination, alors les animaux domestiques sembleraient peu excréteurs et donc peu contaminants. Les recommandations restent donc toujours les mêmes : respecter les règles de biosécurité et les renforcer en cas de personnes connues positives dans une famille. Se laver les mains, éviter les bisous et les léchages de l’animal, l’entretien de la litière et le nourrissage par une personne non malade, sont les meilleures armes contre un éventuel transfert de l’homme vers l’animal (Et aussi contre une – encore moins probable – contamination de l’animal vers l’homme). Il est important de se souvenir que le risque de contamination vient principalement de la personne malade car elle est principalement inter-humaine.

L’existence de données moléculaires (8), ainsi que ces cas, rappellent encore une fois que les barrières d’espèces ne sont pas étanches. Ils doivent donc nous inciter à la prudence épidémiologique et à développer le plus rapidement possible une surveillance des animaux de compagnie et de ferme afin de pouvoir anticiper tout franchissement de barrière d’espèce qui pourrait signifier une mutation du virus. 

* À titre d’exemple, lors d’un envoi de prélèvement de 50 fèces de bovins conditionnées en petits pots stériles pour recherche en PCR de paratuberculose bovine (recherche de matériel génétique de bactérie), un des pots s’est ouvert. 20 autres pots ont été contaminés avec un faux résultat positif sur les 20 animaux concernés.

  1. https://www.lesoir.be/290449/article/2020-03-27/coronavirus-un-chat-infecte-en-belgique-annonce-le-spf-sante
  2. https://www.rtbf.be/info/societe/detail_un-chat-contamine-par-son-maitre-un-cas-isole-nos-animaux-peuvent-etre-malades-mais-pas-transmettre-la-maladie?id=10449810&fbclid=IwAR1FIrAGZ3H_mKR-qCm8PQhPW26gqhRbfU3n_tD–G-d6uP1830GmT5NGqE
  3. http://www.afsca.be/comitescientifique/avis/2020/_documents/Conseilurgentprovisoire04-2020_SciCom2020-07_Covid-19petitsanimauxdomestiques_27-03-20_001.pdf?fbclid=IwAR0hVkw3wMzQSbr00haCAF9VSeQcEBzhYmb0HSfjWY2xC70BvyBC3qFjexs
  4. https://www.lepointveterinaire.fr/actualites/actualites-professionnelles/covid-19-un-chat-infecte-par-le-sars-cov-2-en-belgique.html
  5. https://www.formavet.be/coronavirus-27-03-2020/
  6. https://news.rthk.hk/rthk/en/component/k2/1517063-20200326.htm?spTabChangeable=0
  7. https://www.depecheveterinaire.com/covid-19-point-sur-le-risque-zoonotique-apres-la-decouverte-d-un-cas-chez-un-chat_67994A803774B5.html
  8. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0006291X2030526X