Communication animale intuitive : une étude révélatrice (avec un morceau de Zétérinaires dedans) !
Auteurs : Christophe Lebis, Plotine Jardat
La communication animale intuitive fait l’objet de beaucoup de posts promotionnels sur les réseaux sociaux. Proposant leurs services contre une rémunération souvent élevée (de 70 €/heure à parfois beaucoup plus), les communicants se vantent de pouvoirs paranormaux, leur permettant d’échanger des informations avec un animal sur la base d’une simple photo. Que faut-il en penser ?
Une équipe de chercheurs de l’Université de Grenoble s’est penchée sur le sujet, en collaboration avec notre consœur Blandine Legavre, vétérinaire praticienne et membre du Conseil d’Administration de l’association « Les Zétérinaires ».
En passant en revue la littérature publiée sur le sujet, les chercheurs ont constaté que les rares études pouvant être soumises à une étude approfondie souffraient toutes de biais méthodologiques flagrants. Pour pallier ce manque de données, ils ont mis en place une expérimentation qui vient d’être publiée en archive ouverte [1].
Objectif
L’objectif de cette étude était de tester la capacité des participants à distinguer, à partir de photos, si un animal (chien, chat ou cheval) était vivant ou mort au moment du test, ce critère ayant l’avantage de ne présenter aucune ambiguïté.
Matériels et méthode
Les personnes testées étaient réparties en trois groupes : les communicants non professionnels (amateurs sans rétribution déclarée), les communicants professionnels (prestataires rémunérés) et les personnes non communicantes (témoins). Ces dernières n’avaient aucune expérience en communication animale et ne prétendaient à aucune capacité particulière.
Plusieurs séries de 10 photos par espèce (chien, chat, cheval) étaient présentées à chaque participant. Les photos respectaient les critères demandés par les communicants : animal seul, centré, avec les deux yeux visibles. Elles étaient tirées de manière aléatoire d’une banque d’images. Le participant devait ressentir le statut de l’animal et cocher sa réponse sur une interface numérique sans recevoir de retour immédiat sur l’exactitude de sa réponse, ce dispositif automatisé évitant toute interaction humaine pouvant influencer le participant.
Résultats
Participants : l’étude a porté sur 340 communicants (263 à titre personnel, 73 professionnels, 4 les deux) et 1 986 témoins.
Réponses : 2 326 réponses complètes ont pu être recueillies.
Analyse statistique :
Le taux de réussite global a été respectivement de 54.8 % pour les chiens, 49.2 % pour les chats et 48.2 % pour les chevaux, des résultats proches du hasard (50 %).
Comparaison des réussites entre communicants et témoins : les auteurs ont utilisé une analyse de variance pour comparer les scores moyens de trois groupes distincts : les témoins, les communicants ayant une pratique personnelle et les communicants professionnels. L’objectif était de voir si l’appartenance à l’un de ces groupes influençait le résultat final. Les résultats sont résumés ci-dessous.
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Espèce |
Résultat ANOVA |
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Chiens |
F(2,1955)=0.759, p=0.468 |
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Chats |
F(2,1689)=0.965, p=0.381 |
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Chevaux |
F(2,1414)=1.02, p=0.362 |
Légende : La valeur F mesure le rapport entre la variation des scores entre les groupes et la variation à l’intérieur des groupes. Ces valeurs proches de 1 ne font apparaître aucune différence statistique entre les groupes.
Discussion
Le taux de réussite est, pour toutes les espèces animales, proche du hasard. La comparaison entre les résultats des communicants non professionnels, des communicants professionnels et des témoins ne montre aucune différence significative. L’ensemble des participants n’a donc pas fait mieux que le hasard, et les communicants n’ont montré aucune compétence particulière dans cette tâche.
Les résultats obtenus pour l’espèce canine sont légèrement supérieurs au hasard, mais sans différence significative. Pour cette espèce, les témoins ont fait un meilleur score que les communicants (différence non significative). Les auteurs suggèrent que cela est dû à un biais de sélection des photos, certaines ayant pu comporter des indices temporels.
Certaines réflexions des communicants sont révélatrices :
- Avant l’expérimentation, certains communicants se sont inquiétés de la santé psychique des animaux, craignant que la sollicitation télépathique par les nombreux participants sans le consentement explicite de l’animal ne constitue une surcharge émotionnelle pour ce dernier.
- Au vu des résultats invalidant leurs prétentions, d’autres communicants ont argué que le critère « mort ou vivant » n’était pas pertinent, les animaux décédés pouvant n’avoir pas conscience de leur état, ou que leur âme pouvait continuer à communiquer comme s’ils étaient vivants, sans que ce soit distinguable.
Conclusion
Il apparaît que la CAI n’a pas démontré sa réalité sur le terrain. Les réflexions de certains communicants montrent que cette croyance ne s’ancre pas dans le tangible. Au demeurant, l’étude fait également apparaître une forte corrélation entre les croyances en la CAI et les pseudo-médecines.
Un problème majeur, outre l’exploitation de la crédulité de personnes en état de faiblesse, est que beaucoup de communicants se permettent d’émettre des avis sur l’état de santé des animaux, aussi bien physique que comportemental. Et certains ne se privent pas de conseiller le recours à des traitements non validés, mettant en danger ces animaux. C’est ce que signale la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) dans son rapport 2022-2024 [2]. De plus, ceci relève pleinement de l’exercice illégal de la médecine vétérinaire selon les articles L.241 à L.243 du Code rural et de la pêche maritime.
Sources
- Monvoisin (R), Piau (D), Paucsik (M), Demazure (G), Legavre (B), Straight from the horse’s mouth? A literature review and a randomized controlled trial of intuitive animal communication, 2025, HAL Id:hal-04835072, https://hal.science/hal-04835072v2/file/Monvoisin_et_al_060225.pdf.
- Rapport d’activité 2022-2024 de la Miviludes, https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/sites/miviludes/files/medias/documents/2025-08/MIVILUDES-RAPPORT-24accessible.pdf