Acupuncture vétérinaire : loi de Brandolini par l’exemple (bis)

Par zeteditor
acupuncture vétérinaire

Lors d’une énième discussion sur les réseaux sociaux vétérinaires sur la place dans la médecine vétérinaire des soit-disant médecines alternatives et complémentaires (SMAC), est venu le sujet des preuves d’efficacité, en particulier au sujet de l’acupuncture. Un confrère a alors partagé un nombre de ressources, suite à ma demande de sources de bonnes qualités démontrant l’efficacité de l’acupuncture. Il a partagé un site le GERA. Si vous nous lisez vous savez que par définition nous ne pouvons considérer ce genre de ressource comme de bonne qualité

Une petite lecture critique d’article.

Il a aussi partagé un certains nombres d’articles. Je vous propose la lecture critique de l’un d’eux : Dunkel et al (2025), article en open access. Il s’agit de l’étude rétrospective d’une série de cas de chevaux présentant un syndrome de la mâchoire temporo-mandibulaire (TMHS) traités par électroacupuncture. (voir la grille de lecture à la fin du billet).

Tout d’abord regardons la qualité de preuve de cette étude. Il s’agit selon l’évaluation GRADE d’une étude de très faible valeur de preuve : étude observationnelle, rétrospective, sans groupe contrôle avec quelques biais (voir grille de lecture). Cette étude n’est pas très bien écrite. En effet, on trouve des éléments dans l’introduction qui devraient être dans la discussion, des éléments de résultats qui, au vu de l’objectif, devraient être dans le matériel et méthodes. Cela n’aide pas à présenter un résultat clair. Autre problème qui gène la compréhension : il n’est précisé à aucun moment combien de temps après le traitement est évalué son efficacité.

Même si on peut réellement considérer (vu la taille d’effet) qu’il s’agit d’une étude proof of concept intéressante, il est présomptueux d’en tirer une recommandation clinique. 

Une preuve pour l’acupuncture vétérinaire ? Vraiment ?

Mais est-ce seulement une preuve au service de l’acupuncture vétérinaire ? Le principe du traitement utilisé est de faire passer du courant entre deux aiguilles d’acupuncture disposées en regard du trajet de la branche 2 du nerf trijumeau. En fait, d’un point de vue définition, on est plus sur du transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS), que sur de l’électro-acupuncture. En effet, il n’y pas d’utilisation des points d’acupuncture mais par contre il y a utilisation de la connaissance des structures anatomiques. 

Cet article n’aura pas contribué à augmenter ma crédence en l’efficacité de l’acupuncture en médecine vétérinaire. 

Et le rapport avec Brandolini ? Ben il a fallu 1h à mon confrère pour me fournir 7 sources et moi j’aurai mis 5h à analyser une seule d’entre elle.

Fiche de lecture- Évaluation critique – Questions sur les études de cohorte

(Il s’agit d’une version modifiée de la liste de vérification d’évaluation critique BestBETs pour les études de cohorte. Voir https://bestbets.org/.)

Ce n’est pas une cohorte mais une étude rétrospective d’une série de cas mais c’est le guideline le plus adapté que j’ai trouvé pour cette LCA.

Electroacupuncture as a treatment for suspected trigeminal nerve-mediated head-shaking in 42 horses

B. DunkelG. L. HildonK. M. CoumbeE. BusuttilD. von SchweinitzS. Devereux

https://doi.org/10.1111/eve.14135

British Equine Veterinary Association Publications BEVA

Volume37, Issue12

December 2025

Publication History

  • Issue Online: 05 November 2025
  • Version of Record online: 03 March 2025
  • Manuscript accepted: 16 February 2025
  • Manuscript received: 18 November 2024

Le journal a un impact factor de 1,1.

La première auteure, B. Dunkel, est membre du board du journal (ce qui présente un léger conflit d’intérêt). D. von SchweinitzS. Devereux sont acupuncteurs.

Introduction
Les objectifs sont-ils clairement énoncés ?Oui décrire l’efficacité du traitement par électroacupuncture chez les chevaux présentant un syndrome de la mâchoire temporo-mandibulaire (TMHS) présumé…, l’étude visait à vérifier l’hypothèse selon laquelle le traitement par électroacupuncture était associé à une réduction du degré de secouement de la tête chez les chevaux atteints de TMHS
Méthodes
La conception de l’étude est-elle adaptée aux objectifs ?Non pas de groupe contrôle, critères d’inclusion trop large
Quelle population d’animaux a été étudiée ?44 chevaux diagnostiqués et traités entre 2015 et 2024. 2 exclus d’après les critères d’exclusion.
Un groupe témoin (non exposé) a-t-il été utilisé ?non
Le groupe témoin est-il approprié ?pas de témoin
Combien de temps la population a-t-elle été suivie ?variable jusqu’à dernier traitement effectué
Quelles expositions ont été mesurées ?traitement avec « électroacupuncture »
Les mesures réalisées dans l’étude sont-elles clairement définies ?oui
Les mesures choisies sont-elles appropriées ? Reflètent-elles (ou sont-elles fortement liées à) le résultat d’intérêt ?oui
Des méthodes validées antérieurement ont-elles été utilisées pour effectuer les mesures ? (ex. score de douleur de Glasgow, unités internationales, etc.)Non grille d’évaluation « maison » validée par un des auteurs antérieurement.
L’exposition a-t-elle précédé le résultat ?oui
Quels résultats ont été mesurés ?Évolution sur une échelle de scoring allant de 0 à 3 entre avant le traitement et après le traitement
Les résultats sont-ils cliniquement pertinents ?oui
Les méthodes statistiques sont-elles décrites ?oui
Le seuil de signification statistique a-t-il été indiqué ?oui
La taille de l’échantillon a-t-elle été justifiée ?non
Une approbation éthique a-t-elle été obtenue ?oui
Dans l’ensemble, les méthodes sont-elles décrites avec suffisamment de détails pour pouvoir les reproduire ?Non certains chevaux ont reçu un traitement concomitant, ou antérieur, et ceux-ci n’ont pas été distingué dans le traitement des données. De même le diagnostic de TMHS est obtenu de manière très variable d’un cheval à l’autre (19 animaux ont eu un examen clinique bien plus limité que ce qui est préconisé dans l’introduction de l’article et sans tomodensimétrie et 16 autres ayant eu une tomodensimétrie ont reçu un examen assez pauvre )
Lieu d’implantation de la seconde aiguille non standardisé, utilisation du stimulateur électrique non standardisé (de fait fréquence variable selon vétérinaire)
Résultats
Les données de base sont-elles correctement décrites ?oui
Les chiffres sont-ils cohérents ? Tous les sujets sont-ils pris en compte ?oui
La signification statistique (valeur p) est-elle indiquée dans les résultats ? Est-elle cohérente avec les méthodes ? (Elle devrait figurer dans le calcul de la taille de l’échantillon ou de la puissance statistique.)oui
Quels sont les principaux résultats / résultats clés ?Durée des symptômes médiane 4 mois (1 semaine-5 ans, n=42)
Saisonnalité sur 8 chevaux (19%)
Médiane de 4 traitements par cheval (1-13)
Intervalle entre traitements :
entre 1 et 2 : 4-28j med 7j n= 37
entre 2 et 3 : 4-133j med 7j n= 30
entre 3 et 4 : 4-182j med 13,5 n= 20
entre 4 et 5 : 2-367j med 18 n= 15
entre 5 et 6 : 5-327j med 41 n= 7
n= 4 7X, n= 3 8X, 1 12X sur 7 ans et 1 13X sur 5 ans


le test de Wilcoxon apparié montre une différence significative de degré entre avant et après le dernier traitement : 64,2 % des chevaux ont une amélioration d’au moins 1 degré, 31 % restent au même degré et 4,8 % s’aggravent.
Discussion et conclusion
Que signifient les principaux résultats / résultats clés ?Le TENS possède des effets équivalent au PENS déjà étudié. Les résultats ici sont même meilleurs mais les auteurs rappellent que l’étude sur le PENS était une étude prospective sur un nombre plus élevé de chevaux avec des critères d’inclusions plus sévères ce qui peut expliquer des résultats moins favorables.
Une relation de causalité entre le résultat et l’exposition a-t-elle été suggérée ? Est-elle justifiée ?non pas dans la discussion mais dans l’intro
La discussion reflète-t-elle les résultats ?Le premier paragraphe est consacré à essayer de faire croire que l’électrostimulation proche des nerfs (transcutaneous electrical nerve stimulation TENS) utilisée ici est la même chose que de l’acupuncture où les aiguilles sont sur les points du même nom sans réelle relation avec les nerfs.
Les animaux non répondant étaient-ils des TMHS ?
Les effets contextuels sont évoqués : placebo (connu existant dans le cadre de cette maladie), évolution naturelle, saisonnalité.
Discussion aussi sur le choix de ne pas utiliser un système de scoring reconnu permettant de limiter l’aspect subjectif de ces évaluations : le scoring maison leur semble objectif du fait de sa simplicité. On peut argué d’un biais d’optimisme.
Et puis une petite phrase comme ça pour dire que les groupes contrôle c’est très surfait.
Discussion sur les effets adverses et l’acceptabilité de la procédure par les chevaux et les propriétaires.
Paragraphe où les auteurs interprètent l’augmentation de l’écart de temps entre les traitements au fur et à mesure comme une meilleure efficacité au fur et à mesure des traitements (reconnaissent l’importante variabilité inter-individuelle). Recommandent au moins trois traitements à une semaine d’intervalle au minimum.
Interprétation
Quelles sont les implications cliniques de cette étude ? Les sujets de l’étude sont-ils similaires à ceux que vous observez ?Cette étude est un proof of concept intéressant. Quoiqu’il en soit c’est un niveau de preuve faible voire très faible (GRADE). 
Général
Qui a financé cette étude ?The Royal Veterinary College, Hertfordshire, UK
Conflit d’intérêtAucun déclaré, première auteure membre du board du journal